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11 juillet 2012

Un bilan de la Conférence des Nations unies pour le Développement durable – Rio+20

Catégorie: EDS - Rio+20

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Si le Document officiel de la Conférence ne comble pas les attentes, la mobilisation qu'elle a connue se traduira en actions concrètes et pourrait avoir des conséquences sur le long terme.

Le Sommet de la Terre 2012 (Rio, 20-22 juin) s’est achevé il y a peu. Quel bilan peut-on tirer de grand rassemblement qui a réuni quelques 40 000 personnes, et qui a été aussi marqué par l’absence notable de chefs d’État importants (Obama, Merkel, Harper, etc.) ? Un tour d’horizon des commentaires conduit à conclure à un bilan pour le moins mitigé, entre échec total et douce mise sur orbite du développement durable.

La tenue de cet événement était motivée par la volonté de dynamiser la mise en œuvre du développement durable à l’échelle planétaire. C’était également le 20ième anniversaire du sommet de la Terre de Rio en 1992, qui avait suscité beaucoup d’espoirs et qui s’était concrétisé par l’adoption du programme Agenda 21 et de plusieurs importantes conventions (changements climatiques, la biodiversité et la désertification).

En désignant l’économie verte et le cadre institutionnel du développement durable comme thème principal de la Conférence, les organisateurs souhaitaient insuffler une volonté ferme des États à réduire significativement l’empreinte environnementale de nos sociétés et renforcer la gouvernance du développement durable. Les résultats de Rio+20 se trouvent réunit dans un Document de résultats officiel issu des négociations entre États (Outcome document) intitulé « l’avenir que nous voulons » (« The Future We Want »).

Le Outcome document

La préparation de la Conférence (un processus de négociations entre États s’étalant sur 2 ans) a montré assez tôt qu’il ne faudrait pas avoir de grandes attentes vis-à-vis des ambitions initiales. Et de fait, le Document de résultats apparaît généralement comme manquant d’envergure. Hormis quelques avancées d’ordre technique, la réaffirmation d’anciens engagements (savoir traditionnel, les transferts de connaissances, l’importance de la société civile et des grands groupes, etc.) et la reconnaissance de nouveaux enjeux (villes, consommation soutenable, etc.), le Document contient des objectifs vagues et pêche surtout par l’absence de cibles contraignantes et d’engagements financiers fermes. Le Outcome document ne suscite pas l’enthousiasme espéré initialement et ressemble à une énumération de louables intentions.

Concernant les deux thèmes phares de Rio+20, comme le laissait présager le processus de préparation de la Conférence, les avancées sont minimes. L’économie verte n’aura pas vu la prise d’engagements en vue de sa réalisation prochaine. Le concept d’économie verte éveille en effet beaucoup trop de craintes qu’il ne conduise au protectionnisme, que les pays à forte capacité technologique exerce une certaine domination et que l’on marchandise la nature.

Le thème de la gouvernance n’aura pas vu la concrétisation d’une future Organisation mondiale de l’environnement équivalente à l’OMC, appelée de leurs vœux par certains. Rio+20 se sera soldé par le renforcement du PNUE, notamment par un membership plus universel et financement mieux assuré. Rio+20 aura vu également la transformation de la Commission pour le développement durable en un Forum politique de haut niveau. Difficile pour l’instant de connaître les retombées de cette transformation, notamment à long terme.

La bonne surprise aurait pu venir de l’adoption d’Objectifs du développement durable, comme le laissait entrevoir les négociations quelques semaines avant la tenue de la Conférence. Jeffrey Sachs, conseiller spécial auprès des Nations unies pour les Objectifs du millénaire pour le développement, les espérait ardemment, car ils lui semblaient être le meilleur moyen de « sauver » la Conférence pour provoquer une véritable inspiration pour le développement durable auprès des populations. Finalement, l’établissement de ces Objectifs est repoussé à l’horizon 2015 et prendra la relève des Objectifs du millénaire pour le développement.

La société civile

Au-delà du Document de résultats, Rio+20 a été l’occasion d’une grande mobilisation de la société civile, des ONG, du secteur privé et des scientifiques, qui aura probablement des répercussions importantes dans les années à venir. Au total, c’est 513 milliards $ d’engagements qui ont été pris aussi bien par le secteur public que le secteur privé.

Rio+20 a rassemblé des milliers de personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement, suscitant des interactions, un brassage d’idées et l’établissement de nouveaux réseaux pour établir un avenir meilleur. Ces rencontres vont se traduire en actions concrètes, ce qui après tout constituait le mandat principal de Rio+20 !

Les retombées de tels engagements est ardemment défendues par certains commentateurs dont Jacob Scherr, directeur du Global Strategy & Advocacy à Washington, qui pense qu’il ne faut pas sous-estimer leur importance et qui s’inscrit résolument en faux contre un échec complet ou un « flop » à Rio. Dans un article publié sur son blogue, il insiste sur le fait que si quelques chefs d’États notoires ne sont pas venus à Rio, beaucoup d’autres ont fait le déplacement.  De toute façon, beaucoup sont d’avis qu’un accord unique international ne suffirait pas à régler les crises actuelles et que les autres traités en cours, s’ils sont appliqués correctement, amélioreront les choses en profondeur. M. Scherr partage l’opinion de Ban Ki-Moon selon lequel « Rio+20 a vu un indéniable mouvement global vers le changement ».

Rio+20 a aussi vu le lancement de la Déclaration sur le capital naturel, une initiative du secteur financier visant à intégrer les coûts associés au capital naturel dans les affaires (Initiative canadienne, IISD). La Conférence a été précédé par le lancement du projet La Terre de l’avenir (Future Earth), une initiative internationale de scientifiques sur 10 ans qui cherchera à développer des connaissances interdisciplinaires permettant d’examiner et d’apporter des solutions efficaces et adaptées aux risques et occasions sous-tendues par les changements globaux de l’environnement et pour soutenir la transition vers le développement durable dans les décennies à venir.

Enfin, les Nations unies ont renouvelé l’engagement envers l’initiative Énergie renouvelable pour tous (Energy for all) visant un accès universel à l’énergie et à doubler l’efficacité et la proportion des énergies renouvelables dans le parc énergétique d’ici 2030. La sécurité énergétique et l’énergie renouvelable sont reconnues comme des thèmes prioritaires du développement durable. Des engagements de 14 pays différents ont été annoncés à l’occasion de la Conférence.

Le point de vue des scientifiques

Les scientifiques s’étaient exprimés lors de la conférence scientifique internationale « Planet under pressure » (Londres 26-29 mars 2012) et du Forum pour la science, la technologie et l’innovation pour développement durable (Rio, 11-15 juin 2012). Des recommandations avaient été soumises à Rio.

Suite à la conférence et à l’adoption du Document de résultats, les scientifiques critiquent le peu d’importance accordé à la science dans la mise en œuvre du DD et aux mécanismes favorisant le transfert technologique. Aussi, déplorent-ils le manque d’insistance et le peu d’urgence concernant le fait que certaines limites de la planète sont atteintes ou risquent de l’être, comme le montrent de façon inquiétante les données scientifiques. Les chercheurs notent cependant avec intérêt que Rio+20 devrait conduire à une meilleure interface entre la science et le politique.

Par ailleurs, le Outcome document insiste trop sur les solutions d’ordre technologique. Il ne considère pas non plus le fait que les scientifiques réclament de nouvelles connaissances, par exemple pour mieux comprendre les modèles de comportement sociaux de consommation. Au bout du compte, les scientifiques ont peur que Rio ne débouche que sur du développement durable « as usual ».

Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE, a admis que les scientifiques voyaient dans le Outcome document un échec pour changer la trajectoire prise par nos sociétés dans les années à venir. « Cependant, ajoute-t-il, ce document contient une richesse cachée qui permettra à nombre d’activités de prendre la bonne direction ».

La contribution des universitaires

Auteur d’un article repris par l’IISD, Pamela Chasek qui était présente à Rio, a pu constater l’absence marquée de représentants du monde de l’éducation supérieure, en dehors de la présence de quelques rares universités et plusieurs professeurs intéressés par cette conférence pour leurs propres travaux de recherche.

La principale  initiative d’envergure concerne la Déclaration lancée dans le cadre de Rio+20, qui est ouverte à signature (celle-ci a été signée par l’Université Laval). D’autres initiatives ont également été prises par des universités ou des regroupements d’universités. Reste que la participation des universitaires à Rio+20 a été limitée. Les efforts déployés par les universités pour intégrer et implanter le développement durable restent insuffisants. Comme le souligne Pamela Chasek, « les universités doivent faire plus et être des chefs de file dans ce domaine ». Les universités devraient également plus impliquées au niveau local, régional et international.

Or, constate Mme Chasek, l’enseignement et de l’apprentissage en font en général que renforcer des manières de penser qui mènent à des systèmes non durables. La plupart des étudiants sortent du système éducatif sans saisir la portée des décisions prises dans un contexte personnel et professionnel, et comment elles vont avoir un impact, directement ou indirectement, aujourd’hui et à l’avenir, sur le système social ou écologique dans lequel ils vivent.

À l’issue de Rio+20, l’éducation supérieure peut et doit faire plus et mieux pour former une relève qui comprenne, intègre et mettre en œuvre tous les mécanismes conduisant à une société viable.

A-t-on atteint la limite de l’utilité des négociations multilatérales ?

Comme la plupart des commentateurs, ceux de l’Institut international pour le Développement durable (International Institute for Sustainable Development, IISD) sont très critiques vis-à-vis des négociations qui ont eu lieu dans le cadre de cette Conférence.

Mark Halle, directeur exécutif à l’IISD-Europe, reproche aux organisateurs d’avoir convoqué cette conférence alors que les conditions n’étaient pas favorables, qu’aucun consensus fort sur les principaux enjeux n’était en train de se bâtir. « Fêter un anniversaire n’était pas une raison suffisante ».

Depuis l’échec de la Conférence sur les changements climatiques de Copenhague en 2009, le peu d’attente de ces conférences devient une norme dangereusement habituelle. Dans ces conditions, vaut-il donc encore la peine de mettre autant d’argent dans de telles réunions dont l’empreinte environnementale est considérable ?

L’échec global des États et des sociétés à contrecarrer la détérioration de l’environnement mondial et à réduire l’écart entre les riches et les pauvres n’est même pas reconnu dans le Outcome document. Selon Mark Halle, « si les gouvernements ne sont pas prêts à rendre viables nos sociétés, les populations doivent le savoir ». Et sans doute le savent-elles. On ne peut en effet se contenter des « petites avancées » de ces négociations « qui auront des retombées dans les années à venir ». L’état de la planète ne peut se contenter de si petites et si lentes avancées.

Selon Jeffrey Sachs, « nous nous retrouvons 20 ans après l’adoption de conventions solides sur les changements climatiques, la biodiversité et la désertification. Aucune d’entre-elles n’a donné les résultats escomptés parce qu’elles sont devenues les esclaves des technicalités associées aux négociations multilatérales. Ce dont nous avons vraiment besoin est d’un large mouvement publique pour sauver la planète ».

En fin de compte, la leçon de Rio+20 tient peut-être dans le fait que les objectifs et les principes sur lesquels reposent les sommets de la Terre devraient être revus. Si la signature d’un accord entre États est impossible ou peu efficace, peut-être faudrait-il destiner de tels événements à favoriser « ce qui fonctionne », c’est-à-dire favoriser et étendre les ententes et les engagements du secteur privé, des gouvernements des différents paliers, de la société civile et de leurs interactions, ainsi que ceux que l’on a vu à Rio en juin dernier ?

Sources :

Scientifiques :
http://www.scidev.net/en/science-and-innovation-policy/science-at-rio-20/news/scientists-criticise-lack-of-urgency-in-rio-20-accord.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_news&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter 

http://www.nature.com/news/wealth-gap-curbs-rio-goals-1.10887

http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7404/full/486439b.html

IISD - Mark Halle
http://www.iisd.org/pdf/2012/com_life_after_rio.pdf

Pamela Chasek
http://chronicle.com/blogs/worldwise/beyond-rio20-what-it-means-for-global-higher-education/29975  ou http://www.iisd.org/pdf/2012/com_beyond_rio20.pdf 

Jefrrey Sachs
http://www.guardian.co.uk/sustainable-business/rio-20-jeffrey-sachs-business-democracy?intcmp=239 
 

           

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