Les Inuit du Nunavik ont commencé à noter une transformation de leur environnement avant même que la communauté scientifique ne se penche sur ces questions. Ces modifications du milieu, notamment les changements climatiques, affectent significativement les activités quotidiennes des Inuit. Mais quels sont les indicateurs de vulnérabilité de ses communautés face aux transformations du milieu et quelles sont leurs stratégies d’adaptation ?
Dans un Cahier de l’institut EDS, Caroline Desbiens, Professeure au Département de géographie de l’Université Laval, et son étudiante en maîtrise, Laurence Simard-Gagnon, ont étudié l’impact des changements climatiques sur la communauté d’Inukjuak qui habite la côte est de la Baie d’Hudson. Une des activités étudiées dans le cadre de ce projet est la cueillette des petits fruits (chicoutés, bleuets, airelles et camarine noire), une tâche importante des femmes inuites, qui ont développé un savoir très poussé sur ces espèces ainsi que sur leur territoire.
La chicouté (nom qui provient de la langue montagnaise et qui signifie « feu ») est un fruit que l’on retrouve principalement dans les tourbières à lichens de la région. Sa cueillette est difficile, car la période de maturité est extrêmement courte et arrive au moment où prolifèrent les moustiques. Par suite, la chicouté est surtout ramassée par grand vent (qui chasse les moustiques) et lorsqu’il ne pleut pas, car sinon le fruit est mou et s’écrase. Cependant, il s’avère que de telles conditions sont de plus en plus rares en été.
De façon générale, les femmes inuites doivent composer avec une météorologie de plus en plus imprévisible, ce qui nuit à leurs déplacements sur le territoire. Par ailleurs, les animaux (des renards, mais surtout des loups) peuvent représenter un danger et obstacle à la cueillette. L’été 2011 aura ainsi été marqué par une présence inquiétante de loups. Les oies sont également un fléau, car elles apprécient particulièrement les petits fruits. En 2011, alors que les oies sont arrivées plus tôt qu’à l’habitude, elles ont dévoré les fruits avant même qu’ils ne soient mûrs et qu’ils puissent être ramassés.
Bien que la présence inhabituelle de ces espèces ne puisse être directement attribuée au changement du climat, de telles modifications d’habitat ou de période de migrations sont bien documentées dans la littérature. Il est donc à craindre que ces effets persistent. Comme l’indiquent les chercheures, cette étude suggère que « les changements climatiques tendent à compliquer la relation des femmes d’Inukjuak au territoire et leurs pratiques territoriales de subsistance ». Parmi les mesures d’adaptation, l’appropriation de nouveaux médias, notamment les réseaux sociaux, semble populaire. Les informations et ressources partagées au sein de ces réseaux, par exemple les bons emplacements pour la cueillette, peuvent pallier certaines difficultés.
L’expérience inuite montre que le climat a toujours comporté sa part de surprises et de fluctuations et que les changements ne sont pas un phénomène récent. Les difficultés contemporaines des femmes inuites illustrent l’importance de considérer les changements climatiques dans le contexte de leurs impacts sur les transformations sociales et culturelles vécues par les Inuit. Car, non seulement les changements se vivent-il au niveau du climat, mais ils influencent aussi les modes de vie, les modes de production, la structure familiale et la transmission des savoirs.
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