La Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (TRN)* vient de publier un document faisant une évaluation des coûts associés aux changements climatiques pour le Canada si aucune mesure d’adaptation n’est prise.
Depuis le rapport Stern, les liens entre l’économie et les changements climatiques avaient été clairement établis. La présente étude évalue cette fois les coûts au niveau national canadien, puis s’attarde sur les coûts de trois secteurs particulièrement importants que sont l’industrie forestière, les régions côtières et la santé humaine. Les prévisions s'établissent sur des modèles reconnus, selon quatre scénarios différents basés sur des changements climatiques modérés ou importants et sur des prévisions de croissance démographique lente ou élevée.
Un tel travail comble un vide, car l’ampleur de la hausse des températures n’est pas identique partout sur la planète et parce que la capacité d’adaptation n’est pas la même pour tous les états, les pays en développement étant plus vulnérables que les pays développés. Chaque pays est donc un cas unique. Ainsi, un pays nordique comme le Canada pourrait voir sa température moyenne croître de 3°C même si la communauté internationale réussissait à limiter la hausse globale à 2°C comme elle s’y est engagée lors de la Conférence de Copenhague en 2009.
L’exercice présenté ici est également extrêmement complexe et est sujet à des incertitudes élevées. Cependant, les résultats ne laissent pas de place aux doutes quant à ses principales conclusions. Ainsi, bien que certains aspects de l’économie puissent bénéficier des changements climatiques, les effets négatifs vont largement l’emporter. Les conséquences connues sont des coûts associés aux événements extrêmes (inondations, tempêtes, incendies, épisodes de chaleur, etc.), l’érosion des berges et des plages, ainsi qu’aux pertes de services écosystémiques tels l’approvisionnement (rendement agricole ou forestier) ou la régulation (variations de la pluviométrie, des débits des systèmes hydriques), et qui vont se répercuter sur différents secteurs comme le transport, la demande énergétique, l’approvisionnement en eau potable, l’occupation du territoire, les infrastructures, l’agriculture, l’industrie forestière et la santé.
Le premier constat de l’étude est que « le changement climatique constitue un fardeau économique à long terme croissant pour le Canada ». Le fardeau sera en effet d’autant plus lourd que la hausse de la température planétaire sera élevée. Cette conclusion montre au passage l’importance des mesures d’atténuation que doivent prendre l’ensemble des pays afin de limiter l’augmentation de la température moyenne de la Terre.
Le second constat est que l’inaction, c’est-à-dire l’absence de mesure d’adaptation de la société canadienne, se traduira par des coûts de plus en plus importants avec le temps : « le changement climatique amène une accélération des coûts, qui passent d’une valeur moyenne de cinq milliards de dollars par année en 2020 à une valeur moyenne se situant entre 21 et 43 milliards de dollars par année en 2050 ». En terme de Produit intérieur brut (PIB), les coûts « pourraient s’établir à environ 0,8 % à 1,0 % du PIB d’ici 2050 », ce qui « montre clairement que le fardeau économique sera beaucoup plus élevé pour les prochaines générations […] ». Enfin, selon les modèles utilisés, il y a « une probabilité de 5% que les coûts soient inférieurs à 16 milliards de dollars par année ou supérieurs à 91 milliards de dollars par année ».
En conclusion, cette étude montre que des mesures d’adaptation prises par anticipation plutôt que des mesures de réparation ou de correction prises en réaction apparaissent inévitables pour la santé future de l’économie canadienne, et que la mise en œuvre aura avantage à être réalisée au plus tôt.
En terminant, la TRN recommande d’investir dans le développement d’une expertise canadienne, et ce à tous les niveaux de gouvernements, sur les relations entre aspects économiques et changements climatiques ainsi que sur l’adaptation, et d’évaluer les coûts pour éclairer les décisions des décideurs du secteur public et du secteur privé, au niveau sectoriel, regional et communautaire. À cette fin, on recommande de mettre en place un nouveau partenariat de partage des données et des analyses entre les universités, le secteur privé, les gouvernements et les autres groupes d’experts. Finalement, la TRN suggère d’intégrer l’analyse economique des coûts et des avantages des options d’adaptation aux effets du changement climatique sur une base routinière dans le processus décisionnel.
Lire le document >>
* La Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (TRN) a été créée en 1988 suite à la demande de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies, formulée à l’endroit de la communauté internationale, de réexaminer les défis environnementaux auxquels fait face la planète, et de formuler des propositions réalistes pour les résoudre. Le Canada a ainsi répondu à cet appel en créant ce forum national afin d’aider à concilier les impératifs économiques et environnementaux. Son mandat a été officialisé en 1994 par le Parlement par voie législative, inscrivant dans la loi le rôle particulier de la TRN à titre d’organisme consultatif en matière de politique de développement durable.
Par Thierry Lefèvre, ©Institut EDS
© 2011 Institut EDS | Tous droits réservés | info@ihqeds.ulaval.ca
![]()