Articles

Vers une gouvernance durable

Les périodes de remous politiques, outre les tensions qu’elles occasionnent parfois, sont au final toujours propices au bilan collectif, à la rétrospective publique. Avec le changement de direction au niveau de l’Université Laval en début d’été puis les élections municipales au mois de novembre 2017, la région de Québec ainsi que la communauté lavalloise ont connu depuis quelques mois un moment charnière pendant lequel elles ont pu s’interroger sur la couleur qu’elles souhaitaient donner à leurs grands chantiers actuels. On le sait, l’Université Laval est en effet un acteur majeur de la Capitale-Nationale, et c’est bien dans une logique de concertation avec la Ville, notamment sur le plan des transports collectifs et actifs, que se re-pensent de plus en plus les enjeux qui émergent sur le campus universitaire.

Il est ainsi question d’émulation, de collaboration, voire de gouvernance partagée. Au niveau de l’Institut EDS, nous venons de passer nous aussi par tout un processus de mise à l’épreuve des modes de réflexion et de décision collectifs, par l’essai grandeur nature qu’a constitué l’école d’été 2017, véritable foyer vivant et interactif au sein duquel plusieurs équipes interdisciplinaires se sont penchées sur des pistes de solution concrètes à des problèmes avérés. Ce living lab’ a ainsi été l’occasion de (re)prendre conscience des différentes étapes qui mènent à la concrétisation de tout projet, de toute vision d’avenir, mais aussi de ses précieuses conditions d’épanouissement.  

Le mode d’exercice du pouvoir en a assurément constitué l’un des enjeux les plus délicats. Car qui dit prise de décision dit pouvoir, et c’est bien là que nous devons revenir sur l’Objectif de dévelop-pement durable (O.D.D.)1 numéro 16, « Partenariats et institutions efficaces ». Il est en effet essentiel, pour assurer le développement harmonieux et pérenne de nos sociétés, de savoir coopérer, partager la gouvernance (« Partenariats et institutions »), ce dont témoigne notamment le succès grandissant des formes coopératives d’entrepreneuriat ; mais il est tout aussi important de savoir être réaliste et organisé afin de pouvoir mener un projet à son erme avec le plus de pertinence et d’effectivité possible (ce que souligne bien le mot « efficaces »)

Cet équilibre entre partage du pouvoir avec ceux qui nous entourent et leadership à exercer pour pouvoir le maintenir sur la durée constitue précisément la clef de voûte d’une nouvelle gou-vernance, gouvernance où le développement durable n’est plus seulement l’objet des préoccu-pations, mais aussi et surtout un mode de  fonctionnement à part entière.

C’est ce que vous démontrera ce numéro 14, qui présentera, par son fond comme par sa forme, différentes facettes de la gouvernance durable et des interactions entre action particulière et retom-bées collectives. Vous retrouverez ainsi des réflexions sur les abus de pouvoir institutionnels qui entravent la gouvernance locale au Congo (Christian Kalambray Kebeya) ; les savoirs écologiques traditionnels comme éléments cruciaux d’une bonne gouvernance scientifique en matière de préservation de l’envi-ronnement  (Dominic Roberge) ; la mutation d’un vaste projet de production de biocarburants en une initiative locale à échelle humaine au Mali (Pascal Vallières) ; la prise en compte de la dimension culturelle dans la protection de la diversité alimen-taire mondiale (Solène d’Arexy, Tom Ignacchiti et Morgane Leclercq – un article collectif, pour une gouvernance partagée en matière de réflexion et de rédaction !) ; la gestion concertée d’un projet écologique d’aménagement du territoire en Ou-taouais (Rose Kikpa Bio) ; les avancées du cyclisme utilitaire à Québec via le design thinking (Anne Larcher) et enfin l’impact non négligeable des émissions nocives locales dans la formation de pollutions « longue distance » (Jean-Philippe Gilbert). Un numéro varié donc, qui ne manquera toutefois pas de vous ramener à chaque fois au cœur de l’enjeu de ce numéro d’hiver : construire et préserver, gouverner et partager, développer et durer !


Références

(1) Les Objectifs de développement durable (O.D.D.) sont des indicateurs développés par l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) afin de contribuer à l’harmonisation et à l’approfondissement des politiques de développement durable des États membres. Au nombre de 17, ces O.D.D. prennent en compte un très grand nombre de facteurs environnementaux, sociaux et économiques.